Tous les jours de l’été, je suis à la recherche de plants d’asclépiade commune (Asclepias syriaca) susceptibles de se faire couper ou piétiner.  En suivant les traces de cette plante vitale pour le papillon monarque, je découvre une biodiversité riche et surprenante.  J’observe attentivement les feuilles des plants de l’asclépiade à la recherche d’œufs ou de chenilles du papillon monarque afin de les rescaper.  L’appareil photo toujours à la portée de la main, j’en profite pour photographier toute la biodiversité que cette plante offre à la nature. 

Observé par l'objectif, un œuf est présenté, mais il n'est pas seul. Il est accompagné d'une larve de coccinelle, qui montre une bonne illustration de la relation de prédation lorsque la faim la pousse à agir. La larve de coccinelle, en tant que prédateur, mange l'œuf du papillon monarque, en tant que proie.

 Larve de coccinelle qui mange l’œuf d'un papillon monarque sous une feuille d'asclépiade
 Larve de Coccinellidae (coccinelle) qui mange l’œuf de Danaus plexippus (papillon monarque) sous une feuille de l’asclépiade syriaca (commune)

Je suis fascinée par les endroits où poussent les asclépiades communes.  Parfois, on peut y voir une femelle du papillon monarque pondre ses œufs sous les feuilles.  Les chenilles qui émergent de ces œufs sont spécialisées, c’est-à-dire que l’asclépiade est leur seule source de nourriture.  

Un jour, mon attention a été dirigée vers l’avant-couverture d’une petite cabane en bois entourée d’asclépiades, où une chenille du papillon monarque était bien fixée et visible.  Au stade 4, la chenille cesse de se nourrir, se fixe à un endroit et forme un « J » avant de se métamorphoser en chrysalide.  Comme la chenille était à découvert, je me suis donné pour mission de la protéger en attendant sa transformation.

Chenille de papillon monarque formant un J 
Danaus plexippus (chenille papillon monarque formant un « J »)

Le lendemain, j’ai observé la magie de la nature : la chenille faisait sa dernière mue, sa chrysalide.  Une fois formée, la chrysalide est vulnérable, car elle est tendre et ses points dorés qui ornent sa surface ne sont pas encore à point pour la rendre difficile à repérer.  En effet, les rayons lumineux réfléchissent sur ces points dorés, ce qui permet de la rendre presque invisible pour les prédateurs.  

Malheureusement, une arme de destruction massive est apparue soudainement : un geai bleu qui a perforé la tendre chrysalide d'un coup de bec. Il a vidé celle-ci de son liquide vert, une bonne source de cellules souches nutritives et qui a une agréable odeur d'herbe fraîchement coupée.  Tout un festin ! Je n'ai pas pu intervenir à temps et ce prédateur a été plus rapide que moi. C'est un autre exemple de la relation de prédation entre l'oiseau et le papillon monarque. 

Un geai bleu
Corvidae (geai bleu, prédateur de la chrysalide du papillon monarque)
Chrysalide du papillon monarque perforée par un geai bleu
Danaus plexippus (chrysalide perforée du papillon monarque,
la proie)

Lorsque je rescape des chenilles du papillon monarque, elles sont placées dans une maison à papillons qui est dehors.  Cette maison est principalement faite de moustiquaires empêchant ainsi les prédateurs de s’y introduire.  La couleur verte d’une chrysalide parsemée de taches brunâtres attira mon attention.  Peu de temps après, l’émergence improbable d’un papillon monarque commença.  Celui-ci était en détresse.  En effet, il se faisait manger vivant par des larves de Pteromalus cassotis, une petite guêpe parasite du papillon monarque.  J’ai aidé le papillon à se sortir de cette triste position, mais le mal était fait.  Le papillon n’allait pas survivre.  

Cette situation est exceptionnelle, car normalement le papillon monarque se fait manger par les larves et ne peut pas sortir de la chrysalide.  J’ai été choyée de pouvoir observer ce triste évènement.  Je crois que la raison pour laquelle le papillon monarque a pu émerger de sa chrysalide, c’est que la guêpe n’avait peut-être pas assez pondu suffisamment d’œufs à l’intérieur de celle-ci.  Alors, lorsque les larves de la guêpe se sont développées, elles étaient en petit nombre pour manger le papillon. 

chrysalide du papillon monarque avec des taches brunâtres
Danaus plexippus (chrysalide du papillon monarque
avec des taches brunâtres)   
papillon monarque en détresse et ‍larves de guêpes Pteromalus cassotis
Danaus plexippus (papillon monarque en détresse) et
Pteromalus cassotis (larves), photo de droite, grossissement

Pteromalus cassotis est une espèce de guêpe très petite.  Elle peut s’introduire entre les mailles de la moustiquaire de la maison à papillons.  La guêpe pond ses œufs dans la chrysalide fraîchement formée.  Le papillon monarque se développe à l’intérieur de la chrysalide.  Par la suite, les larves de Pteromalus cassotis naissent bénéficiant ainsi d’une nourriture suffisante.  Nous observons ici une autre interaction entre deux espèces, le parasitisme.  C’est une relation où une espèce (le parasite) profite d’une autre espèce (l’hôte) en lui étant nuisible.  Normalement, le parasite ne tue pas son hôte, mais ce n’est pas le cas avec Pteromalus cassotis et Danaus plexippus.

Pteromalus cassotis, guêpe parasite de la chrysalide du papillon monarque
Pteromalus cassotis (guêpe parasite de la chrysalide du papillon monarque)

Dans ma maison à papillons, j’ai pu observer plusieurs guêpes parasites qui pondaient des œufs à l’intérieur de la chrysalide du papillon monarque.  Elles pondent une fois la chrysalide formée, car celle-ci est tendre.  Elles vont introduire les œufs dans la partie de la chrysalide à l’endroit où se forme l’abdomen du papillon.  Celui-ci sera une bonne source de nourriture pour les larves à naître.  Quelques semaines plus tard, les guêpes vont émerger de la chrysalide et le cycle recommencera de nouveau.

Grâce à ma maison de papillons, j’ai eu accès à une trentaine de chrysalides parasitées par Pteromalus cassotis.  J’ai observé ces chrysalides sur plusieurs semaines.  J’ai ouvert certaines d’entre elles, à des moments différents.  Sur la photo ci-dessous, on peut observer les larves qui mangent l’intérieur de la chrysalide.  C’est une bouillie de nutriments dont se nourrissent les larves.  On ne peut pas détecter la forme d’un papillon.

L’intérieur d’une chrysalide du papillon monarque parasitée par les larves de Pteromalus cassotis
L’intérieur d’une chrysalide du papillon monarque parasitée par les larves de Pteromalus cassotis

Sur les prochaines photos, on retrouve une chrysalide parasitée depuis plusieurs semaines.  Des guêpes émergent de celle-ci (voir la vidéo).  On peut observer le trou de sortie des guêpes.  On remarque qu’il y a une larve de Pteromalus cassotis juste à l’entrée du trou. 

chrysalide du papillon monarque, parasitée par les larves de  Pteromalus cassotis
Danaus plexippus (chrysalide parasitée du papillon monarque), Pteromalus cassotis (larves)

En conclusion, nous avons vu comme dynamique écologique, l'interaction entre la larve d'une coccinelle, le geai bleu, l'œuf et la chrysalide du papillon monarque à travers la prédation. Nous avons aussi observé l'interaction entre Pteromalus cassotis et la chrysalide du papillon monarque à travers le parasitisme. Ces interactions influent sur les populations des proies et des hôtes.  Ces dernières doivent donc s’adapter pour se protéger ou se défendre contre leurs prédateurs ou parasites.

Video: Le parasitisme entre Pteromalus cassotis et la chrysalide du papillon monarque

Voir aussi les autres articles sur le papillon Monarque: https://www.natureweb.com/auteurs/yolaine-rousseau
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Publié 
11/9/2023
 dans la catégorie 
Insectes