Au fil du temps, le genre Cicurina (et quelques genres apparentés) ont été transférés de familles en familles en fonction des dernières données et / ou des opinions dominantes. Ainsi, ces araignées sont passées des Agelenidae, aux Dictynidae et aux Hahniidae, position suggérée avec les résultats moléculaires de Wheeler et al. (2017). Toutefois, ce positionnement était jugé comme peu satisfaisant par plusieurs, entre autres à cause de la grande différence morphologique avec les Hahniidae typiques, particulièrement les génitalia. Récemment Gorneau et al. (2023) ont revalidé le statut familial proposé initialement par F. O. Pickard-Cambridge (1893c) et plus récemment par Murphy & Roberts (2015).
Les Cicurina possèdent un degré surprenant de variabilité morphologique. La taille, les motifs et même les génitalia femelles, qui habituellement sont très stables au sein d'une espèce, sont variables, rendant parfois l'identification des espèces difficile. Paquin & Arbour (2021f) ont documenté la variabilité de la coloration de l'abdomen de Cicurina brevis.
Le genre Cicurina comprend près d'une centaine d'espèces mondialement, dont une importante radiation d'environ 60 espèces troglobies, qui se trouvent dans les cavernes du Texas jusqu'au Mexique (Gertsch 1992, Paquin & Dupérré 2009a). Les arthropodes troglobies sont rares et leur répartition géographique se limite aux cavernes contigües sur de tout petits territoires (environ 30 km). Cette situation extrême d'endémisme a conduit à la désignation d'espèces menacées d'extinction pour plusieurs espèces de bestioles associées aux cavernes de cette région (Carabidae, Staphylinidae : Pselaphinae, pseudoscorpions, opilions, araignées) dont quatre espèces de Cicurina.
Les mécanismes de spéciation derrière l'évolution de cette radiation de Cicurina dans les cavernes du Texas demeurent mystérieux, mais les affinités des espèces de ce genre pour les conditions froides est l'hypothèse qui semble la plus probable. En effet, il n'est pas difficile de s'imaginer que des conditions environnementales qui se réchauffent puissent pousser des espèces sensibles à ces changements vers des conditions plus fraîches (en élévation, vers le nord ou sous terre). Le plus surprenant, c'est que ces affinités pour les conditions froides (phénomène appelé cryophilie) s'observent aussi pour les espèces du Québec. Les adultes Cicurina brevisse rencontrent toute l'année, mais ceux-ci sont particulièrement nombreux sous la neige, dans les pièges-fosses hivernaux (Paquin 2004) des mois de décembre à mars. Kaston (1948) mentionne aussi que des individus matures se rencontrent toute l'année. Les Cicurina du Québec sont associées à la litière des forêts et elles sont trouvées sous les billes de bois et les pierres. Cicurina brevis est la plus commune et sa répartition atteint les latitudes nordiques, où elle se trouve en compagnie de C. robusta. Les autres espèces sont inféodées au sud de la province et sont plus rarement trouvées.
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