Les limites taxonomiques des Dictynidae ont été redéfinies à maintes reprises avec les progrès des connaissances phylogénétiques et plusieurs genres sont maintenant transférés dans d'autres familles. Lehtinen (1967) y avait inclus des genres qui ne possèdent pas de cribellum, comme Cicurina, mais l'analyse de données moléculaires de Wheeler et al. (2017) ont provoqué le transfert de ce genre dans les Hahniidae. Le genre Cryphoeca avait été inclus dans cette famille par Merrett & Murphy (2000), qui mentionnent que ce placement est plus plausible qu'au sein des Hahniidae, mais Wheeler et al. (2017) l'ont transféré dans les Cybaeidae, un positionnement qui prévaut depuis (WSC 2025).
Chamberlin & Gertsch (1958) ont révisé les espèces qui possèdent un cribellum, incluant les genres Argenna, Dictyna, Emblyna,Lathys et Phantyna présents au Québec. Cette publication est encore la référence pour ces araignées qui ont reçu peu d'attention taxonomique au cours des dernières décennies. Depuis la première édition de ce bouquin en 2003, quatre espèces se sont ajoutées à notre faune : Dictyna longispina (Brousseau 2022), Emblyna chitina (Paquin & Dupérré 2006), Emblyna cruciata (Paquin et al.2021c) et Phantyna brevicornis. Nous comptons 22 espèces au Québec, mais la présence d'une dizaine d'espèces additionnelles est jugée probable.
Les Dictynidae du Québec (sauf Argenna et Lathys) sont associés aux arbustes et aux plantes basses. Ces araignées tissent à la surface de la végétation des toiles qui ressemblent à des filets désordonnés. Ces toiles sont permanentes et les araignées y ajoutent quotidiennement de la soie cribellée. Elles deviennent de plus en plus dense vers le centre, où la retraite est habituellement construite.
Avant l'accouplement, les mâles font vibrer leurs pattes sur la toile des femelles, puis s'approchent si celles-ci sont réceptives (Roberts 1995). Les mâles et femelles cohabitent dans la toile, jusqu'à la mort du mâle, qui est quelquefois dévoré par la femelle (Hébert & Paquin 2021). Chaque femelle peut pondre plusieurs sacs d'œufs, qui ont la forme de lentilles blanches d'environ 3 mm, qu'elle aligne les uns à côté des autres sur la toile. Montgomery (1903) rapporte qu'une femelle d'Emblyna sublata peut pondre jusqu'à neuf sacs d'œufs, dont plusieurs en quelques jours seulement. Les jeunes araignées vivent quelque temps dans la toile avec leur mère avant de se disperser. À l'automne, les adultes et les jeunes se réfugient dans la litière (Comstock 1940, Kaston 1948).
Certains Dictynidae, dont Dictyna foliacea et Emblyna sublata, préfèrent la surface de la végétation pour tisser leur toile dans le feuillage ou parmi les brindilles mortes. Par contre, d'autres espèces (Dictyna annulipes, Emblyna hentzi) sont fréquemment trouvées sur les structures des habitations, dans les coins des murs et des fenêtres, et sur les clôtures. Ces araignées tissent leur toile autour d'une cavité qui devient éventuellement la retraite, dans laquelle elles se terrent. Kaston (1948) rapporte que des femelles protègent les sacs d'œufs en demeurant à proximité.
Dictyna brevitarsus est l'espèce qui compte le plus de mentions dans la province, ce qui laisse supposer une vaste répartition géographique (Bélanger & Hutchinson 1992). Dictyna major est une espèce holarctique rarement trouvée, dont les affinités écologiques semblent nettement nordiques (Roberts 1995). Dictyna alaskae semblait aussi une espèce arctique, mais la récolte de plusieurs exemplaires dans la forêt boréale au niveau du 50e parallèle montre que sa répartition géographique s'étend beaucoup plus au sud qu'on ne l'avait d'abord cru. Les espèces appartenant aux genres Dictyna et Emblyna présentent plusieurs caractéristiques morphologiques intéressantes. Elles possèdent un cribellum, mais elles sont dépourvues de trichobothries sur les tarses. Les chélicères des mâles sont particulièrement longs et comportent une encavure dans la partie centrale. Selon Kaston (1948) et Bristowe (1971), cette forme permet aux mâles de saisir et de maintenir les chélicères de la femelle fermées lors de l'accouplement, ce qui diminue les risques d'être happé par la femelle. Les mâles possèdent des palpes spectaculaires à cause de la grande taille de l'embolus et du conducteur. Pour la distinction de certaines espèces, il est nécessaire d'examiner le bout de l'embolus en le délogeant de la gaine que constitue le conducteur. Par contre, il est possible d'identifier les mâles de toutes les espèces du Québec sans cette opération. Argenna obesa est une espèce trouvée dans les litières forestières. Kaston (1948) rapporte qu'au Connecticut, elle a été récoltée sous la paille à proximité d'un marais salé. Les espèces du genre Lathys préfèrent aussi la litière accumulée au sol, dans les forêts ou les tourbières.
Les palpes des mâles Lathys sont très distincts, car l'embolus est replié jusqu'à la face dorsale du palpe. Les tarses sont munis de très longues trichobothries, qui servent à percevoir les signaux provenant de leur environnement comme les vibrations et les mouvements d'air.
La détermination des femelles Dictynidae est difficile, puisque les épigynes possèdent peu de caractères externes; les génitalia sont plus ou moins semblables en simple vue ventrale. Toutefois, les génitalia internes (une fois éclaircis pour enlever les tissus adipeux et musculaires qui empêchent l'observation des structures sclérifiées) forment des structures tridimensionnelles qui diffèrent beaucoup d'une espèce à l'autre et permettent de facilement distinguer et d'identifier les espèces. Toutefois, pour une raison inconnue, ces structures n'ont jamais été formellement documentées à ce jour.
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