La diversité des Dysderidae est concentrée en Europe et en Asie, où se trouvent quelques centaines d'espèces. En Amérique du Nord, on ne connaît qu'une seule espèce cosmopolite, Dysdera crocata (Ubick 2017a). Il s'agit d'une espèce synanthrope (Paquin et al.2022a) et son association avec les humains explique sa répartition géographique mondiale. Contrairement aux autres espèces cosmopolites présentes au Québec [Tegenaria domestica (Agelenidae), Pholcus phalangioides (Pholcidae)], D. crocata se trouve rarement dans les habitations; elle est plutôt inféodée aux jardins, sous les pierres et divers objets.
Jusqu'à récemment, D. crocata n'était connue que d'une seule mention sur l'île de Montréal (Hutchinson & Cayouette 1993). Depuis, elle a été récoltée à une dizaine de reprises à Montréal, mais aussi à Gatineau et à Oka (Paquin & Nicolaescu 2018). La plupart de ces observations ont été effectuées dans des habitats extérieurs en périphérie d'habitations, montrant ses affinités écologiques pour les conditions urbaines.
Bristowe (1958) rapporte que D. crocata chasse la nuit et il semble que cette araignée affectionne particulièrement les cloportes (Isopodes). Ces crustacés terrestres sont souvent abondants dans les jardins ou dans les sous-sols, là où l'humidité est élevée. Ce sont aussi les endroits les plus propices pour capturer cette araignée. Bristowe (1958) décrit que D. crocata fait pivoter son céphalothorax pour insérer un de ses longs crochets dans la partie molle ventrale de sa proie, tandis qu'avec l'autre, elle perfore la partie dorsale, plus dure. D'une bonne taille, ces araignées peuvent infliger des morsures douloureuses si elles sont manipulées avec imprudence.
Le bulbe génital du palpe mâle est presque entièrement séparé du cymbium. L'appareil reproducteur femelle est aussi particulier, puisque les Dysderidae appartiennent à un ensemble de familles dites haplogynes, dans lequel les femelles ne possèdent pas d'épigyne sclérifiée externe. La structure génitale est entièrement interne. Cette caractéristique les distingue des entélégynes, dont les femelles possèdent une structure génitale externe et sclérifiée. Il faut donc être attentif, pour ne pas confondre avec un spécimen immature alors qu'il s'agit d'une femelle haplogyne mature.
Contrairement à ce qui se passe dans plusieurs familles où les stimuli visuels et olfactifs jouent un rôle primordial pour courtiser les femelles, les mâles Dysderidae ignorent complètement la présence de femelles jusqu'à ce qu'il y ait un contact physique (Platnick 1971). Cette particularité contraste avec les parades complexes que les mâles Salticidae et Lycosidae effectuent à la vue des femelles, où entrent en jeu des signaux sonores, visuels, olfactifs et vibratiles.
Les femelles construisent de solides retraites de soie dans lesquelles elles pondent leurs œufs. Elle y demeure avec sa progéniture quelque temps avant que celle-ci ne se disperse (Gertsch 1949, Kaston 1948).
Pour voir la liste des références complètes dans le texte allez à cette page