Les Lycosidae sont représentés au Québec par 55 espèces. Avec les connaissances actuelles sur la répartition géographique des espèces du Canada et du nord des États-Unis, nous soupçonnons la présence de cinq espèces additionnelles dans la province. Les Lycosidae du Canada sont bien connus grâce aux révisions taxonomiques de Brady (1980, 1987), de Dondale (1969, 1999), de Dondale & Redner (1978a, 1979, 1981a,b, 1983, 1984, 1986, 1987) et à la synthèse de la famille publiée par Dondale & Redner (1990). Depuis la première édition de ce bouquin en 2003, Pardosa dorsalis a été signalée en Gaspésie et quelques populations de Trabeops aurantiaca ont été découvertes dans des tourbières (Paquin & Arbour 2021e) et dans un milieu ouvert près de Saint-Hyacinthe.
Les araignées de la famille Lycosidae sont parfois tellement nombreuses sur le sol par les journées chaudes et ensoleillées qu'elles donnent l'impression d'agir en meute. Cette particularité, conjuguée à leur aspect velu, a donné naissance au nom vernaculaire de la famille, les araignées-loups (wolf spiders) (Roberts 1995). Cette idée se reflète dans la formation du nom Lycosidae, dérivé de Lycos, qui veut dire loup (Cameron 2017). Quelques genres de cette famille sont ainsi inspirés de noms d'animaux, auxquels la terminaison « cosa » ou « osa » a été juxtaposée. Dans d'autre cas, cette terminaison a été retenue et juxtaposée à d'autres caractéristiques « Geo lycosa » associée à des terriers souterrains, « Schizo - cosa » fait référence au septum médian de l'épigyne des femelles qui comporte une fente. La terminaison « osa » ou « cosa » est une terminaison au féminin.
Les Lycosidae sont associés au sol où ils se déplacent rapidement à la recherche des proies qu'ils capturent avec une grande vigueur (Gertsch 1949). Ces araignées sont habituellement abondantes et constituent souvent une proportion importante des récoltes effectuées par pièges-fosses. Dans une étude comparant la faune boréale à l'échelle de la planète, Marusik & Koponen (2002) concluent que les Lycosidae possèdent un excellent potentiel bioindicateur à cause de leur abondance, de la facilité avec laquelle les spécimens sont récoltés et, surtout, de leur sensibilité aux différentes conditions environnementales.
En effet, les Lycosidae sélectionnent leur habitat en fonction du type de sol et des conditions du milieu. Par exemple, les Geolycosa sont associées aux sols sablonneux et dénudés ; Pardosa hyperborea est abondante dans les sphaignes de la forêt boréale (Paquin & Dupérré, non publié) et se trouve dans les tourbières du sud du Québec ; Arctosa littoralis est inféodée aux milieux riverains ; Pirata est fortement associée aux milieux humides ; Schizocosa est souvent trouvée dans les champs herbeux et la litière des forêts décidues (Dondale & Redner 1990). Ces affinités écologiques ont été utilisées dans des analyses statistiques multivariées, qui révèlent que les espèces de Lycosidae d'une dune de sable choisissent des microhabitats différents dans cet écosystème (Aart 1973). Cette analyse est devenue un classique dans le genre et ce jeu de données a été repris maintes fois en écologie afin de tester différentes méthodes statistiques d'ordination.
Sur le terrain, il est possible de reconnaître Lycosidae parce que les femelles transportent les sacs d'œufs avec leurs filières. Les Pisauridae, une autre famille qui a un aspect similaire, les transportent plutôt par les chélicères, ce qui permet de les distinguer facilement. Toutefois, les soins maternels ne se limitent pas qu'au transport du sac, puisqu'une fois écloses, les petites araignées grimpent sur le dos de leur mère et y restent accrochées pendant plusieurs jours. Rovner et al. (1973) ont décrit les soies spéciales qui se trouvent sur le dos des femelles qui permettent aux jeunes araignées de s'agripper.
Les parades d'accouplement chez les Lycosidae sont complexes et comprennent plusieurs types de stimuli. Les mâles tambourinent sur le substrat avec leurs pédipalpes selon un rythme particulier, provoquant une vibration caractéristique qui est audible si on porte attention. Ce comportement est un mécanisme de reconnaissance qui permet aux femelles réceptives de reconnaître et de sélectionner les mâles de leur espèce. Les signaux sonores (Rovner 1975) et les phéromones de contact (Dondale & Hegdekar 1973) sont aussi des stimuli importants dans ces parades.
Les Lycosidae se reconnaissent facilement à l'arrangement des yeux, qui les distingue des autres familles. La rangée postérieure des yeux est fortement recourbée ; les yeux latéraux sont situés en arrière des yeux médians, ce qui donne l'impression de trois rangées d'yeux. L'identification des genres et des espèces est quelquefois plus difficile, particulièrement pour les femelles, puisqu'il est souvent nécessaire de procéder à la dissection des épigynes pour examiner les génitalia internes. Contrairement aux autres familles où les femelles immatures n'ont rien de visible à l'emplacement de l'épigyne, les femelles pénultièmes de Lycosidae sont munies d'une ébauche de structure qui semble être une épigyne bien formée. Il faut porter attention pour bien repérer ces individus immatures, qui ne sont pas identifiables.
Les Pirata et Piratula se reconnaissent au motif en V du céphalothorax. Elles sont associées aux rivages et divers milieux humides, où elles sont souvent abondantes. Les préférences de certaines de ces espèces dans la sélection de l'habitat sont bien marquées. Citons Pirata montanus, qui est commune dans la litière des forêts feuillues.
Les espèces de Geolycosa creusent des trous dans les sols sablonneux et dénudés, où elles se terrent. La présence de soie permet de distinguer les terriers des araignées de ceux des insectes. La fonction première de la soie est de solidifier les parois du trou, mais souvent, cette couche se prolonge à l'extérieur pour former un petit rebord.
Trochosa terricola est une espèce commune, largement répartie en Amérique du Nord. Elle abonde dans plusieurs types d'habitats, mais est souvent associée à la litière des forêts. Bien que la plupart des Lycosidae soient diurnes, les Trochosa sont également actives durant la nuit (Roberts 1995). Trochosa ruricola est une espèce introduite récemment, qui a été rapportée pour la première fois en Amérique du Nord par Edwards (1993) et au Canada par Lalongé et al. (1997). Cette araignée est probablement une introduction accidentelle d'Europe. Depuis ces premières mentions, cette espèce s'est propagée avec succès sur une grande partie du territoire nord-américain et elle est régulièrement trouvée en sympatrie avec T. terricola. Les deux espèces semblent coexister, mais il est aussi possible que l'espèce nouvellement introduite provoque le déplacement écologique de l'espèce indigène, comme observé pour Steatoda borealis (Nyffeler et al. 1986).
De plus, les femelles de Trochosa posent un problème taxonomique puisqu'il est presque impossible de les différencier. Prentice (2001) propose des caractères de coloration permettant leur séparation, mais l'examen de spécimens récoltés au Québec a révélé une variabilité trop grande pour une identification fiable. Dondale & Miller (2020) et Paquin & Arbour (2021a) résument ce problème taxonomique, auquel il ne semble pas exister de solution simple en utilisant la morphologie des génitalia femelles. Il est donc préférable d'identifier les femelles par association avec les mâles, dont la détermination est plus aisée et plus fiable.
Le genre Pardosa est le plus riche de la famille au Québec, avec 24 espèces. Pickavance (2001) a rapporté des affinités écologiques de quelques espèces de ce genre. Leur ubiquité au sol dans divers habitats en font des bioindicateurs intéressants (Marusik & Koponen 2002).
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