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Famille: 

Theridiidae

Détails

Les Theridiidae comprennent 60 espèces au Québec, mais une dizaine d'autres pourraient bien s'y trouver. Cette famille possède une morphologie et des colorations diversifiées; la plupart des genres sont distincts et souvent faciles à reconnaître avec un peu d'expérience. La plupart des espèces présentent de jolis motifs abdominaux qui facilitent leur reconnaissance, sauf pour les genres Robertus et Theonoe qui sont unicolores. La taxonomie des Theridiidae d'Amérique du Nord est bien connue grâce aux révisions de Levi (1953 à 1966), de Exline & Levi (1962) et la synthèse (au niveau générique) de Agnarsson & Levi (2017)

Les Theridiidae tissent des toiles, mais leur complexité et leur degré d'organisation sont mal connus et gagneraient à être mieux compris (Eberhard et al. 2008a, Agnarsson & Levi 2017). Les espèces associées aux arbustes et aux buissons comme Theridula emertoni, fabriquent des toiles composées de deux parties : la portion supérieure est un enchevêtrement de fils en trois dimensions, logé sous une feuille repliée par l'effet de tension des fils. La portion inférieure consiste en une douzaine de fils tendus à la verticale (nommés gumfoot lines en anglais) reliés au sol (Eberhard et al. 2008a, Cadotte & Paquin 2021). Les fils verticaux contiennent des gouttes de colle qui servent à immobiliser les proies. Un second type de toile est propre aux espèces associées au sol : les fils collants se trouvent dans la partie centrale, plus dense, où les proies s'enchevêtrent.

Les espèces du genre Steatoda possèdent des structures stridulatoires sur la partie arrière du céphalothorax et sur la partie avant de l'abdomen. Ces araignées émettent des sons que l'on présume jouer un rôle dans la reconnaissance des partenaires pour la reproduction. Un fait remarquable : la fréquence de stridulation diffère en fonction des espèces : S. bipunctata stridule un « mi » de la gamme tandis que S. castanea, émet plutôt un « la ». Ces différentes tonalités servent probablement de mécanisme de reconnaissance intraspécifique (Meyer 1928). Steatoda bipunctata est une espèce introduite en Amérique du Nord qui ressemble beaucoup à S. borealis, notre espèce indigène. Nyffeler et al. (1986) ont montré que les niches de ces deux araignées sont très similaires et que l'arrivée de S. bipunctata, une espèce plus agressive, a provoqué le déplacement écologique de S. borealis. Steatoda bipunctata est commune autour et dans nos habitations, tandis que S. borealis est souvent exclue de cet habitat qu'elle occupait auparavant. Steatoda bipunctata est en pleine expansion dans la province : elle est maintenant signalée jusqu'en Gaspésie, où elle est abondante.

Parasteatoda tepidariorum est une espèce associée aux habitations humaines. L'arrivée récente au Canada de Parasteatoda tabulata, une espèce cosmopolite très similaire (Dondale et al. 1994), pourrait provoquer le déplacement écologique semblable à celui observé pour S. borealis par S. bipunctata. La progression de P. tabulata au Québec est très rapide et domine maintenant dans plusieurs localités et habitats vers le nord, tandis que P. tepidariorum semble restreinte à la partie sud de la province. Les femelles des deux Parasteatoda sont similaires morphologiquement et difficiles à identifier, mais Lapointe & Paquin (2022b) ont documenté les caractères nécessaires pour distinguer les deux espèces. Parasteatoda, tout comme certaines Steatoda, sont des espèces synanthropes (Paquin et al. 2022a).

Plusieurs espèces des genres Theridion sont associées à la végétation en général, Theridion glaucescens, Theridion differens et Theridion murarium peuvent parfois être très abondants dans les conifères, mais T. frondeum et T. murarium sont aussi trouvés sur les structures extérieures des habitations. Theridion albidum et Theridion frondeum possèdent une coloration blanche et/ou jaunâtre qui leur donne un aspect de grande fragilité. Ces araignées sont trouvées le plus souvent en battant les arbustes feuillus. Stiles & Coyle (2001) ont découvert que T. frondeum et T. albidum sont des espèces généralistes, mais que T. albidum est absent des habitats situés en altitude dans les Appalaches. Au Québec, cette ségrégation se fait également suivant la latitude : T. frondeum est une espèce largement répandue tandis que T. albidum est restreinte à la zone méridionale de la province.

Nous comptons six espèces d'Enoplognatha, mais la plupart sont rarement trouvées, sauf Enoplognatha ovata, une espèce ubiquiste commune dans la végétation. La coloration de cette araignée est remarquable puisqu'elle varie d'un jaune vif à un jaune pâle, ornée de ponctuations noires. Toutefois l'abdomen de certains spécimens est entièrement rose, d'autres sont ornés de bandes roses et d'autres spécimens sont complètement dépourvus de cette coloration contrastante. Cette coloration est à l'origine du nom vernaculaire anglais candy-stripe spider.

Selon Stiles & Coyle (2001), il existe une remarquable complémentarité entre Rugathodes aurantium et Rugathodes sexpunctatum, deux espèces boréales dont la répartition s'étend aussi dans les forêts des Appalaches. Ces deux espèces d'araignées sont présentes dans le même type d'habitat, mais lorsqu'une occupe une aire donnée, l'autre y est pratiquement absente, et vice versa. Rugathodes aurantium occupe davantage les microhabitats du sol, tandis que R. sexpunctatum préfère l'étage supérieur de la végétation, en particulier les sapins (Abies balsamea (L.) Mill.).

Theridula emertoni est une jolie araignée que l'on récolte en battant la végétation. Elle est reconnaissable par son abdomen anguleux, orné d'une tache centrale jaune pâle. Elle est aussi connue pour les soins maternels qu'elle prodigue à sa progéniture (Cadotte & Paquin 2021).

Les espèces du genre Euryopis sont souvent qualifiées de myrmécomorphes : elles possèdent un abdomen plat et triangulaire très caractéristique. Euryopis argentea est une espèce ornée de taches argentées luisantes que l'on peut récolter dans la litière des forêts jusque dans la zone boréale (Paquin & Dupérré non publié). Kaston (1948) mentionne que les espèces de ce genre ne font pas de toiles mais qu'elles chassent à vue au sol et sous les pierres.

Quelques Theridiidae comme Rhomphaea fictilium et Neospintharus trigonum (toutes deux autrefois dans le genre Argyrodes) possèdent une morphologie spectaculaire. Ces deux espèces possèdent un abdomen triangulaire. Neospintharus trigonum est une espèce très commune dans le sud de la province, où on la récolte en fauchant la végétation, particulièrement les conifères. Rhomphaea fictilium est une espèce beaucoup plus rare, reconnaissable à son abdomen démesurément allongé. Ces deux araignées se distinguent aussi par leur mode de vie : ce sont des cleptoparasites, c'est-à-dire qu'elles se logent, incognito, dans les toiles d'autres araignées et se nourrissent des proies qu'elles subtilisent. Dans le cas de R. fictilium, il est probable que cette espèce se nourrisse également de l'araignée dont elle occupe la toile (Paquin & Dupérré 2001a).

Phoroncidia americana est une araignée rarement vue, à l'aspect inhabituel : elle ressemble davantage à une petite déjection qu'à un arachnide. Il est possible de récolter cette petite espèce au sud de la province en battant les arbustes, et Kaston (1948) précise qu'elle affectionne les thuyas. Crustulina sticta est une autre espèce à l'aspect particulier : son céphalothorax est couvert de rugosités qui lui donnent un aspect granuleux.

Depuis 2018, la présence de Latrodectus variolus a été documentée au Québec (Wang et al. 2018b, Paquin et al.2021b). Le nom vernaculaire de cette araignée, Veuve noire du Nord, cause beaucoup de confusion avec la Veuve noire, Latrodectus mactans, une autre espèce à la réputation peu enviable qui se trouve aux États-Unis. Latrodectus mactans n'est pas établie au Québec ou au Canada. Toutefois, chaque année, on signale quelques introductions accidentelles de L. mactans, en particulier avec l'importation de fruits. Toutefois, à ce jour, cette espèce ne peut tolérer les conditions climatiques du Québec, ce qui résulte par la mort éventuelle des spécimens arrivés dans la province par accident. Quelques rapports médicaux rapportent cependant des cas de morsures de Veuve noire. Ces « identifications » ont été effectuées sans spécimen en se basant sur l'allure de la réaction cutanée, ce qui est loin d'une démarche scientifique fiable. Il n'est pas possible de diagnostiquer une morsure d'araignée après coup et encore moins d'identifier une espèce. De plus, on peut douter du sérieux de la démarche dans une région où l'espèce est absente naturellement; sans quoi, il y aurait des dizaines de milliers de cas bien documentés dans les régions où l'espèce est abondante ! De tels propos se situent plus près de l'errance médicale que d'une démarche fiable. Le venin neurotoxique associé aux morsures de Latrodectus mactans est bien connu, mais il n'existe aucun cas documenté pour Latrodectus variolus, l'espèce indigène au Québec.

Les très petites espèces de Theridiidae - Theonoe stridula, Lasaeola prona, Pholcomma hirsutum, Dipoena spp. et Thymoites spp. - ressemblent superficiellement à des Linyphiidae avec lesquelles elles sont souvent confondues, particulièrement les femelles. Les mâles s'identifient plus facilement comme Theridiidae à cause de la configuration des palpes qui suggèrent plus rapidement la bonne famille, mais les femelles causent souvent des errances lors des sessions d'identification.

On connaît très peu la biologie des Robertus, un genre qui comprend huit espèces dans la province. Les Robertus sont superficiellement similaires les unes aux autres et il est nécessaire d'examiner les pièces génitales pour identifier les espèces. Il est apparemment possible de récolter des Robertus adultes pendant toute l'année, même l'hiver. Kaston (1948) mentionne qu'il est préférable de tamiser la litière des forêts et les mousses pour les récolter.

Au Québec, nous connaissons deux espèces de Theridiidae qui n'ont toujours pas de nom et sont inconnues de la science. Espérons que dans les prochaines années, les taxonomistes trouveront les ressources nécessaires pour compléter ce travail et continuer de documenter notre faune.

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