Cette famille est représentée par 35 espèces dans la province, mais quatre autres, jugées probables, sont également traitées ici. Au Canada, la taxonomie des Thomisidae est bien connue grâce aux révisions de Turnbull et al. (1965), de Dondale & Redner (1975a, 1976b), et à la synthèse de la famille de Dondale & Redner (1978b). Nous comptons 126 espèces en Amérique du Nord (Dondale 2005).
Les araignées de cette famille se distinguent des autres familles (sauf des Philodromidae) par une apparence générale qui rappelle celle des crabes : elles sont aplaties, possèdent des pattes robustes et se déplacent latéralement par mouvements saccadés. Ces araignées tirent de cette apparence le nom commun d'araignées crabes (crab spiders). Les Thomisidae se déplacent avec une lenteur relative tandis que les Philodromidae sont plutôt nerveux et se meuvent avec rapidité. Il s'agit d'un caractère utile pour la distinction de ces deux familles sur le terrain.
Les Thomisidae ne tissent pas de toiles, mais ils utilisent tout de même de la soie pour confectionner des abris et confectionner leurs sacs d'œufs. Pour se nourrir, ils chassent à vue en attendant patiemment leurs proies, profitant de leur coloration qui s'harmonise avec leur environnement immédiat. Gertsch (1949) les qualifie même de maîtres du camouflage. Dondale & Redner (1978b) précisent qu'il y a deux grandes tendances dans la coloration des Thomisidae : certains sont dotés de couleurs plus vives (Misumena et Mecaphesa) tandis que les autres arborent une coloration plus sombre (Bassaniana, Coriarachne, Ozyptila, Tmarus et Xysticus).
Les espèces aux couleurs vives sont inféodées aux fleurs et aux fleurs des arbres et arbustes, où elles attrapent les pollinisateurs qui passent à leur portée. La plus connue qui utilise cette stratégie est Misumena vatia, dont les femelles sont de couleur jaune ou blanche, flanquée de deux bandes longitudinales rose vif. Packard (1905) a été le premier à décrire un curieux phénomène observé chez cette espèce : elle peut adapter sa teinte, passant du jaune au blanc (ou du blanc au jaune) pour mieux s'harmoniser avec les fleurs sur lesquelles elle se trouve. Cet incroyable changement de couleur est possible vers le jaune par la sécrétion d'un pigment liquide jaune qui s'accumule dans les couches cellulaires superficielles de l'araignée. Plus il y a de pigments jaunes en surface, plus la teinte est prononcée. Lorsque l'araignée est dans un entourage dominé par le blanc, le pigment jaune est stocké dans les couches cellulaires plus profondes, ce qui laisse voir les glandes remplies de guanine blanche, plus près de la surface. Ce procédé permet d'imiter les teintes de blanc avec plus de précision que les teintes jaunes. Ce camouflage actif n'est cependant pas instantané et peut prendre de 10 à 25 jours pour passer du blanc au jaune, le temps nécessaire pour sécréter le pigment. Le passage du jaune au blanc est plus rapide et peut s'effectuer en six jours. Misumena vatia ne tisse pas de toile pour chasser, mais utilise quelques fils positionnés stratégiquement sur la fleur, ce qui lui procure une solide emprise et assure que la proie ne l'emportera pas avant que le venin ait le temps d'agir, si foudroyant soit-il. Ce dispositif étonnant est à l'origine du nom de la famille. L'auteur de ce nom, Sundevall (1833) avait spécifié : « espionne ses proies et les attrape en étirant un seul fil de soie ». C'est ce fil de soie, une « corde » en grec, qui est à l'origine du nom de la famille. Misumena vatia porte le nom vernaculaire anglais de flower spider (Gertsch 1949).
Les espèces de coloration sombre occupent d'autres types d'habitats que les fleurs. On les trouve associées à la litière des forêts et aux écorces des arbres. Leur coloration foncée, tachetée ou marbrée de courants pâles, les confond parfaitement avec le substrat qu'elles occupent. Immobiles, elles sont très difficiles à voir jusqu'à ce qu'un mouvement les trahisse.
Il existe un dimorphisme sexuel prononcé pour certaines espèces de cette famille : pour une même espèce, l'apparence et la taille des mâles diffèrent beaucoup de celles des femelles. Il est souvent difficile de faire l'association correcte des sexes, car certaines femelles sont jusqu'à dix fois plus grandes que les mâles et arborent une coloration différente.
Les Thomisidae sont munis de petites chélicères, ce qui est surprenant pour des araignées dont la survie dépend du succès de leur chasse à vue. Gertsch (1949) précise que le venin de ces araignées est particulièrement puissant pour paralyser les proies, ce qui compense le handicap des chélicères de petite taille. Elles s'attaquent sans difficulté à des proies beaucoup plus grandes qu'elles, comme les abeilles, en les mordant entre la tête et le thorax.
Les Ozyptila sont de petite taille et surtout associées aux litières. Les espèces du genre Xysticus possèdent des motifs qui évoquent ceux des écorces et de la litière. Leur coloration varie de brun foncé à presque noir, sur fond jaune ou blanc et peut quelquefois prendre une teinte rosée ou jaunâtre. Xysticus elegans et Xysticus emertoni sont des espèces communes qui se rencontrent jusqu'à la forêt boréale. Tmarus angulatus est une espèce d'une couleur gris sombre. Au repos, elle adopte une position particulière : les pattes antérieures sont étendues le long de la branche qui sert de support de sorte que le corps de l'araignée a l'apparence d'un bourgeon ou d'une simple bosse (Kaston 1948). L'abdomen des femelles est muni d'une protubérance sur la partie postérieure, qui lui donne un aspect un peu carré, d'où son nom, angulatus.
Les Thomisidae comptent plusieurs raretés au Québec, dont Mecaphesa carletonicus et Coriarachne brunneipes (Hutchinson 1999c, Paquin et al. 2001a), mais plusieurs autres espèces (Misumena vatia, Xysticus gulosus, Xysticus triguttatus et Xysticus ferox) sont très communes. Curieusement, les espèces du genre Mecaphesa sont fréquentes dans la végétation arbustive, mais ce sont presque toujours des individus immatures ; les adultes demeurent rares.
Paquin & Chir (non publié) ont ajouté Xysticus alboniger à la faune québécoise avec un spécimen récolté dans une tourbière du sud du Québec.
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