Les Uloboridae forment une petite famille avec seulement 16 espèces en Amérique du Nord (Opell 2017). Les trois espèces connues du Québec sont facilement reconnaissables à leur aspect distinctif et à l'arrangement particulier de la région oculaire. Les Uloboridae sont uniques parmi les araignées puisqu'ils ne possèdent pas de glandes à venin. Pour tuer leurs proies, ils les enveloppent dans de la soie puis les maintiennent solidement entre leurs palpes pour les asperger de sucs digestifs. Les chélicères, qui servent habituellement à percer la chitine des proies, jouent un rôle mineur dans l'ingestion de nourriture. Une partie de la soie utilisée pour immobiliser la proie est ingérée par l'araignée, elle recycle ainsi une grande partie de cette précieuse ressource (Opell 1979).
Cette famille possède plusieurs caractères qui permettent de la reconnaître. Entre autres, les fémurs II à IV sont munis de nombreuses et longues trichobothries. Les métatarses IV possèdent une forme concave où se situe le calamistrum.
Selon Lubin et al. (1982), il existe une surprenante diversité de toiles au sein de cette famille, compte tenu du nombre restreint d'espèces. Opell (2017) cite trois types de toile pour l'Amérique du Nord et nous pouvons en observer deux au Québec. Hyptiotes tisse de petites toiles triangulaires faites de trois ou quatre secteurs, qui comptent chacun une dizaine ou plus de fils collants. Elles sont construites parmi les brindilles dans les branches basses des conifères, souvent vers le centre de l'arbre. La toile est mise sous tension par l'araignée, qui tire un des fils supérieurs avec ses deuxième et troisième paires de pattes. Elle relâche subitement la tension lorsqu'un insecte touche la toile, ce qui accroît le succès de capture (Opell 1982, Lubin 1986).
Uloborus glomosus construit une toile orbiculaire de 10 à 15 cm semblable à celle des Araneidae, à la différence que la toile d'Uloborus est horizontale. L'aspect de cette araignée est unique à cause de la touffe de soie du tibia I des mâles, qui lui vaut le nom vernaculaire de featherlegged orbweaver en anglais. Au Québec, la répartition de cette espèce se limitait à la portion méridionale de la province (Hutchinson & Paquin 2000b, Dondale et al. 2003), mais plusieurs récoltes récentes montrent que cette espèce se trouve plus au nord que prévu, mais la répartition géographique précise demeure inconnue.
Deux espèces d'Hyptiotes sont connues au Québec : H. gertschi, dont la répartition couvre l'ensemble du Canada au nord, et la côte ouest des États-Unis (Dondale et al. 2003). Hyptiotes cavatus est une espèce restreinte à l'est du continent (Dondale et al. 2003) qui atteint sa limite nord au Québec. Hutchinson (1998b) a publié la première mention de cette espèce dans la province mais depuis, elle a été trouvée à plusieurs occasions, principalement dans des habitats dominés par les conifères du sud de la province. Selon Dondale et al. (2003), l'apparence des Hyptiotes évoque grossièrement celle d'un bourgeon sur une branche à cause des bosses de l'abdomen et de la couleur grisâtre. Nos deux espèces, qui sont adultes à la fin de l'été et à l'automne, se ressemblent beaucoup, mais un examen attentif des génitalia permet de les distinguer. Les espèces du genre Hyptiotes se distinguent de Uloborus glomosus par la disposition de yeux, particulièrement les yeux latéraux postérieurs.
Les femelles Uloborus glomosus alignent leurs sacs d'œufs le long d'un rayon de leur toile (Cushing 1989), et nous rapportons une observation de sept sacs dans une même toile. La maman araignée adopte une position recroquevillée au bout de la chaîne de sacs d'œufs, ce qui la rend peu visible. Lorsqu'elle se sent menacée, elle balaie de ses pattes les sacs d'œufs comme pour les débarrasser de guêpes parasites (Cushing 1989). En effet, il existe des familles de petits hyménoptères parasites qui sont des spécialistes d'œufs d'araignées et pondent directement au travers du cocon de soie (Proctotrupoidea). Les mouvements défensifs des mamans Uloboridae varient en fonction de l'heure de la journée, ce qui, selon Cushing & Opell (1990a, b), correspond à une série de comportements pré-adaptés aux prédateurs et aux parasites actifs à différentes périodes du jour.
Une population de l'Uloboridae pantropicale Zosis geniculata a été rapportée dans une serre du sud de l'Ontario. La présence de cette espèce à cette latitude est accidentelle, mais on connaît maintenant quelques araignées qui arrivent à maintenir des populations dans de tels habitats artificiels (serres, jardins zoologiques, etc.). Comme elles s'y reproduisent sans le concours des humains, elles sont considérées établies. Scytodes fusca (Scytodidae) et Hasarius adansonii (Salticidae) sont des exemples semblables. La venue de Z. geniculataest à surveiller dans ces écosystèmes artificiels du Québec.
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