Les Gnaphosidae de l'Amérique du Nord sont bien connus grâce aux révisions taxonomiques de Platnick (1975) et de Platnick & Shadab (1975 à 1988). Ubick (2017b) rapporte que 353 espèces se trouvent sur notre continent et en 1992, Platnick & Dondale ont publié une monographie sur les espèces canadiennes. Nous comptons 38 Gnaphosidae au Québec, mais la présence d'une dizaine d'espèces additionnelles est jugée probable.
Les Gnaphosidae se reconnaissent par des filières antérieures allongées et tubulaires et des endites munies d'une dépression transverse ou oblique. La plupart sont bruns, sombres et sans motifs abdominaux. Ils sont nocturnes et chassent au sol dans une grande diversité d'habitats. Beaucoup de ces araignées sont associées aux litières d'habitats chauds et ouverts, mais quelques espèces, dont Gnaphosa muscorum, Gnaphosa orites et Orodrassus canadensis se trouvent plutôt dans des milieux plus froids, comme la litière des forêts boréales et d'autres habitats nordiques.
Il y a peu de dimorphisme sexuel chez les Gnaphosidae. Les mâles sont légèrement plus élancés que les femelles, mais sans différences marquées. Les femelles tissent des retraites de soie pour y pondre leurs œufs et s'y enferment pour les protéger. Les espèces des genres Micaria et Zelotes font exception, les femelles abandonnent leurs sacs d'œufs une fois tissés. Les sacs d'œufs des Zelotes possèdent un aspect particulier : ils sont circulaires, plats et fixés sous des pierres qui jonchent le sol. Certaines espèces les couvrent de poussière, ce qui leur donne l'apparence de petits cailloux (Comstock 1940). Les Gnaphosidae ne font pas de toiles, mais construisent de petits abris sous les pierres et parmi les feuilles mortes, où ils se réfugient pendant les périodes d'inactivité. Ils en émergent pour chasser (Kaston 1948).
Les espèces du genre Micaria arborent des motifs de soies blanches et/ou iridescentes, ce qui contraste avec les autres membres de la famille. Les Sergiolus se distinguent aussi par leur coloration et leurs motifs abdominaux. Les araignées de ces deux genres sont diurnes et affectionnent les habitats ouverts et ensoleillés.
La myrmécomorphie, une stratégie qui consiste à imiter les fourmis par leur forme, leur aspect et leur comportement, est bien connue dans les genres Micaria et Callilepis (Roberts 1995). Cette stratégie a pour but de pouvoir s'approcher de leur proie ou d'éviter la prédation. Heller (1976) décrit un cas de prédation spécialisée pour une espèce européenne du genre Callilepis, qui attrape ses proies (des fourmis) avec une étonnante tactique : l'araignée accroche d'abord une antenne de la fourmi et l'arrache; la fourmi se met alors à marcher plus ou moins en rond; l'araignée attend que la proie soit au bord de l'épuisement avant de finaliser son attaque. Bien que de telles observations n'existent pas pour Callilepis pluto, celle-ci est souvent récoltée parmi les fourmis, ce qui laisse penser qu'elle pourrait utiliser une stratégie semblable. Cette espèce a été récoltée à plusieurs reprises dans la région de l'Outaouais (Bélanger & Hutchinson 1992) et plus récemment à Terrebonne dans une sablière et dans les Boisés-Miner à Granby, sous une couche de mousse couvrant une grosse pierre, parmi des fourmis.
Les Micaria se trouvent au sol dans divers habitats où elles se déplacent avec une très grande rapidité. Il est difficile de les repérer, car leur ressemblance avec les fourmis est remarquable. Bien que plusieurs espèces de ce genre se trouvent au Québec, seule M. pulicaria est fréquemment récoltée. Elle est commune dans plusieurs habitats. Les facteurs de sélection des habitats des Micaria nous échappent encore. Le nom Micaria a été donné par C. L. Koch et provient de Macaria, qui veut dire « béni, joyeux ». Toutefois ce nom était déjà occupé (preoccupied) par un genre de lépidoptère, c'est pourquoi Westring l'a changé en modifiant une lettre pour donner Micaria. Thorell précise que ce nom correspond au verbe latin « micare » qui veut dire briller, d'autant plus que l'espèce type du genre est Micaria fulgens, fulgens qui veut aussi dire brillant. Ce petit jeu de mot de Westring (Micaria = briller, fulgens = briller) fait référence à l'aspect iridescent que possèdent les espèces de ce genre (Cameron 2017).
Herpyllus ecclesiasticus est une jolie araignée que l'on récolte à l'extérieur dans des souches asséchées, sous les écorces et autres habitats secs, mais parfois aussi à l'intérieur de nos habitations (Paquin et al. 2022a). Elle se distingue par son abdomen orné de chevrons blancs qui tranchent avec sa coloration foncée.
Les bandes sombres longitudinales de Cesonia bilineata permettent de reconnaître cette espèce au premier coup d'œil. Elle a été rapportée pour la première fois par Hutchinson (1997), qui l'a récoltée dans un milieu ouvert près d'un cours d'eau dans la région de Gatineau. Beaudoin & Paquin (2022) rapportent des récoltes au bord de la rivière des Outaouais.
Haplodrassus signifer, Herpyllus ecclesiasticus, Drassodes neglectus et Zelotes fratris sont les Gnaphosidae les plus communs de la province. Haplodrassus signifer est une espèce associée à la litière des forêts, qui se trouve jusqu'au nord dans la forêt boréale. Zelotes fratris est une espèce généraliste qui se trouve dans plusieurs habitats. Sa répartition géographique couvre l'ensemble du Canada, à l'exception de la zone arctique. On connaît peu les autres espèces de Zelotes, mais Brousseau (2022) a rapporté la première mention québécoise de Zelotes duplex. Drassodes neglectus est une autre espèce généraliste, qui se trouve dans les mousses, dans la litière de conifères, et sous les pierres des milieux riverains et des endroits rocailleux (Platnick & Dondale 1992).
Bien qu'il soit relativement aisé d'identifier nos espèces de Gnaphosidae, nos connaissances de leur biologie et de leurs affinités écologiques sont plutôt limitées.
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