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Xunan Ka’ab - Les abeilles sacrées des Mayas
À l’intérieur de la ruche
Dès qu’on enlève le couvercle de la ruche, tous nos sens sont assaillis. On voit d’abord des centaines d'abeilles qui s'activent constamment. S’ajoute aussitôt un bourdonnement continu très doux et apaisant. Ensuite vient l'odeur un peu sucrée de miel, de pollen et de cire. Puis on observe les différentes parties qui composent la colonie.
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Mon ami le biologiste et botaniste Jim Conrad étudie la flore et la faune mexicaine depuis plusieurs décennies. J’ai eu l'occasion de le rencontrer à quelques reprises au Yucatan où il a séjourné pendant plusieurs années. Dans un de ses textes, on peut lire ce passage: « Charles Darwin a particulièrement retenu le fait que les rayons de Melipona beecheii sont composés d'alvéoles rondes et non hexagonales, comme chez les abeilles mellifères classiques. Il considérait les alvéoles rondes de Melipona beecheii comme une étape évolutive intermédiaire entre les bourdons primitifs, qui construisent des structures sphériques et ne produisent pas de miel, et les abeilles mellifères avec leurs alvéoles hexagonales. Les alvéoles hexagonales permettent de construire davantage d’alvéoles en utilisant moins de cire et en déployant moins d’efforts. Pour Darwin, ces étapes intermédiaires menant aux alvéoles hexagonales indiquent qu’un instinct aussi complexe que celui de la construction d’alvéoles chez l’abeille mellifère pouvait évoluer à partir d’instincts plus simples de construction de nids. »
Le couvain (Zone de reproduction)
Les cellules de couvain sont disposées en étages horizontaux superposés, reliés par de petits piliers de cérumen. Souvent le montage rappelle celui d’une pyramide. Une légende raconte que ce sont les abeilles qui ont inspiré les Mayas à construire leurs pyramides. Qui sait!

Un réseau de petits piliers de cérumen soutient chaque étage de la structure alors que l’involucrum, une enveloppe protectrice fine composée de plusieurs couches de cérumen, entoure complètement la zone du couvain. Elle sert à protéger les larves en maintenant une température constante autour de 30 °C. La thermorégulation de la ruche est essentielle et c’est une des raisons pour laquelle on essaie de garder la ruche hermétique pour ne pas nuire au couvain.
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Les zones de stockage (miel et pollen)
Pots de stockage: Le miel et le pollen fermenté ne sont pas stockés dans la même section que le couvain. Les abeilles façonnent des pots ovoïdes en cérumen de la taille allant d'une petite prune à celle d’un citron. Ces pots sont regroupés à la périphérie du couvain.

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Le stockage de la résine
Les abeilles de la tribu Meliponini (les abeilles sans dard) ne stockent pas dans des pots la résine végétale qu’elles récoltent. Plutôt elles l'accumulent sur les parois de la ruche, particulièrement dans les coins.
Ces grands réservoirs de résine issue de plusieurs variétés de plantes sont facilement accessibles. Les ouvrières l'utilisent pour faire le cérumen (cire plus résine) nécessaire à l’édification des pots de miel et de pollen, à l’involucrum et à toutes les structures comme les cellules du couvain.
La résine sert aussi à la défense du nid. Les abeilles peuvent l'utiliser pour attaquer un intrus comme une mouche phoride et l’immobiliser avant qu’elle ne puisse faire du dommage ou pondre ses œufs. Elle sert en plus de protection contre des ennemis beaucoup plus petits comme des bactéries, des virus et du fungus. Dans la nature, les plantes produisent de la résine dans certaines de leurs cellules et l'utilisent pour se protéger d’une invasion de microorganismes. Cette résine que les abeilles récoltent sur les plantes servira aussi à recouvrir les parois de la ruche afin de créer une enveloppe antimicrobienne à l’intérieur même de la ruche.
Elles utilisent la résine aussi pour faire la géopropolis (cire et résine plus boue ou argile) afin de sceller les parties de la ruche en contact avec l’extérieur, apportant ainsi de l’étanchéité structurale. Il y a toujours des microfissures dans les ruches, qu'elles soient traditionnelles ou modernes. Les abeilles étalent le géopropolis dans chaque coin et sur toutes les surfaces le long des parois pour empêcher la perte d'humidité de la chambre de couvain et imperméabiliser les parois intérieures en bois contre les infiltrations d'eau venues de l’extérieur. Techniquement on appelle cette structure construite avec la géopropolis le « batumen » mais en pratique le terme est rarement utilisé.
Que nous indique la couleur de la résine récoltée ?
L'apparence de ces dépôts varie selon les sources végétales aux alentours. Les dépôts frais sont brillants, ambrés, jaune vif, brun-rougeâtre ou translucides. Les dépôts plus anciens sont brun foncé ou noirs, durs et cassants, à mesure que les terpènes volatils s'évaporent. Les dépôts de géopropolis, eux, sont très foncés, durs, mats et cassants. En général une forte accumulation de dépôts de résine sur les parois de la ruche est le signe d'une colonie en santé.
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Sur cette vidéo on peut voir César Antonio Kuyoc, le coordinateur local du Melipona Bee Sanctuary Project en train de briser les dépôts de géopropolis pour avoir accès aux pots de miel dans le « jobon » (ruche traditionnelle). La géopropolis retirée servira à fabriquer une teinture de propolis qui pourra être utilisée à des fins médicinales. Meliponario Don Pastor Dzul y Dzul, Tahmuy, Yucatán, Mexico.
Des ruches différentes d’une espèce à l’autre
Les abeilles de la tribu Meliponini, comme Melipona beecheii, ont chacune des structures de nids différentes. Il y a 46 espèces de Meliponini au Mexique, dont 16 à 19 qui sont présentes au Yucatan. Elles n’ont pas toutes la même importance économique mais chacune joue un rôle écologique important.
Qu’est-ce qu’une tribu?
Dans la classification taxonomique hiérarchique du monde vivant comme pour l’espèce Melipona beecheii, on retrouve plusieurs niveaux, en partant du plus large ensemble - les animaux - jusqu'à l’espèce elle-même dont le nom binominal est composé du genre (Melipona) et de son épithète spécifique (beecheii). Le niveau « tribu » se trouve entre la sous-famille (Apinae) et le genre (Melipona). Tous les membres de la tribu Meliponini sont donc des Apinae mais pas nécessairement du genre Melipona. On retrouve aussi dans cette sous-famille les genres Trigona et Plebeia par exemple.
La position taxonomique de Melipona beecheii.
Animalia - Animaux
↳ Arthropoda - Arthropodes
↳ Insecta - Insectes ↳ Hymenoptera - Hyménoptères
↳ Apidae - Apidés
↳ Apinae ➡️ MELIPONINI — TRIBU DES ABEILLES SANS AIGUILLON
↳ Melipona - Mélipones ↳ Melipona beecheii
Dans la langue de tous les jours, au lieu de parler de la tribu Meliponini on dit « abeilles sans aiguillon » - ou stingless bees en anglais. Ces abeilles ne possèdent qu’une trace ancienne d’un dard qui n'a plus la capacité de piquer. Je reparlerai des autres membres de cette tribu qui sont présents au Yucatan dans une publication future.
Ouvrages consultés pour cet article
Mayan Melipona Bee Sanctuary Project mayanmeliponabee.org
Exposition photos: https://www.flickr.com/photos/insectesquebec/albums/72177720323976354
Backyardnature.net - Jim Conrad
https://www.natureweb.com/poste/43-nomenclature
Meliponaire Santuario de la abeja melipona. Valladolid, Yucatán, México.
Stingless Bees of Mexico, Springer 2018, José Javier G. Quezada-Euán
Resin Use by Stingless Bees: A Review (MDPI Insects, 2021).
Handling sticky resin by stingless bees (Revista Brasileira de Entomologia).
Palynology as a Tool to Distinguish between Propolis and Geopropolis (ResearchGate).
Photo d’entête. Méliponaire Mayan Melipona Bee Sanctuary Project. Valladolid, Yucatan, Mexico.









